Souvenirs en Tête, 5

Vers 4 ou 5 ans, mon père avait rapporté 2 oeufs de cane pour les mettre à couver. Seule dans la cuisine, le nez au niveau  de la table, je me hissais sur la pointe des pieds, j’en  prenais un pour regarder à quoi ressemblait un oeuf bleu. Au même moment j’entendis des voix proches et je le reposais précipitamment. Dans la soirée mon père dit « c’est bizarre, un des oeufs est fêlé »! Je ne sais pas pourquoi mais j’ai senti que j’y étais pour quelque chose et ne me suis vantée de rien. La curiosité est un vilain défaut!…

Jo 71 ans

*

Début septembre le camion d’habits passait dans la rue ; eh oui à cette époque on ne connaissait que ce camion bleu pour s’acheter des habits et on était heureux de le voir arriver ! On l’attendait avec impatience. Cette première année se passe tranquillement. Les beaux jours arrivent et certains matins, alors que le soleil avait déjà pointé le bout de son nez depuis plusieurs heures, j’ai le souvenir d’une odeur qui me titillait les narines pendant les récréations ! Récréations où on se bagarrait pour avoir le seul vélo à trois roues disponible. Quelques années plus tard, par hasard,  j’ai ressenti la même sensation, un retour dans mon enfance, j’ai senti cette odeur ! Odeur qui, à la fois m’intriguait à cette période parce que je ne savais pas ce qu’elle représentait mais que je sentais des fois avec dégoût. En fait ce n’était que l’odeur du bitume chauffé par le soleil ! J’avoue, j’ai apprécié découvrir ce qu’elle représentait ! Je me suis replongée dans mon passé en me disant que cette odeur est une des plus belles choses de ma vie.

Marizabelle (02)

*

On était trois, ma petite soeur, la voisine, qui avait mon âge, et moi. C’était l’hiver. Après le repas du midi pris chez nous, on avait le temps d’aller jouer dehors, bonheur d’habiter à cinq minutes de l’école, ! Du moment où on était à l’heure pour repartir à l’école nos mères étaient tranquilles pour boire le café ! Il faisait un froid de canard ; l’étang, juste derrière chez nous, avait gelé. Trois petites malignes lâchées dans la nature sans surveillance, dans ces années là, ça ne faisait pas peur ! D’ailleurs on jouait dehors tout le temps, midi, soir et toute la journée pendant les vacances. Bref, ce jour là ma copine et moi avions envie d’aventure et la surface de cet étang était bien tentante !! Ma petite soeur hésitait _ Viens, mais viens donc, tu vois bien qu’il n’y a pas de danger !! Elle est venue nous rejoindre, nous étions déjà à une dizaine de mètres du bord. Le froid nous rougissait les oreilles, les oiseaux piaillaient en se disputant une rare pitance, je les entends encore ! La glace était magnifique, brillante, nous avancions à petits pas prudents, c’est que ça glissait et c’était plaisir de voir au travers toutes ces herbes alanguies ! C’est quand ma petite soeur nous a rejoint, après mille précautions, que la glace a commencé à faire du bruit, à se fendiller, ouvrant un large trou dans lequel nos pieds bottés s’engouffrèrent en un instant !! Panique à bord, nous voilà à lutter pour remettre les pieds sur la surface encore solide, lutte assez facile, je dois l’avouer, même si la gloire que j’aurais pu en tirer pâlit d’un coup ! Nous sommes rentrées piteusement, nos jolies bottes trempées, la voisine et ma mère étaient aux quatre cent coups, nous engueulant copieusement ; il était déjà 13h20 et il fallait nous changer avant de repartir, fissa, à l’école ! J’ai encore présente en moi cette odeur d’eau glacée et stagnante, j’entends encore le floc floc de nos pieds nageouillant dans les bottes submergées ! Je ne sais pas ce qui, de la peur ou de la colère, l’a emporté chez ma mère ce jour là, je sais simplement que ni elle, elle était institutrice à la même école que nous, ni nous, n’étions en retard !

Marie

*

J’avais environ 11 ans. A l’époque les magasins de prêt-à-porter étaient rares. Pourtant dans la localité où j’habitais, il y en  avait un. Sa vitrine était très attirante!  A chaque fois que je passais devant, je m’extasiais! Une robe captait mon attention, le fond était bleu ciel parsemé de petites fleurs blanches et je m’imaginais avec.
Un jour, en rentrant de l’école, elle était là, étalée sur mon lit. Je  n’en avais pas jamais parlé, ce n’était pas possible,  je rêvais  ! Il n’y en avait  qu’une et elle était à ma taille. C’était comme un conte de fée. Dans mon esprit de petite fille, ce magasin n’était pas pour moi! J’étais devenue tout à coup grande et importante ! La distribution des prix était proche et j’étais très fière de porter ma robe neuve..
Maman avait dû se priver pour me faire ce cadeau! Je n’ai jamais oublié, et, aujourd’hui, en racontant ce souvenir, les mêmes émotions reviennent comme si c’était hier.

Jo 71 ans

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Souvenirs en Tête 4

Je me souviens surtout de cette vache, une belle limousine. Randonner pour oublier, randonner pour ne plus réfléchir, randonner pour élargir son esprit à la mesure de paysages puissants, randonner pour se rendre aux limites de son corps. Qu’elle me fut douce cette nuit sous la tente ! Je m’étais endormie, heureuse de l’inconfort relatif du sol rocheux. Les retrouvailles avec mon lit en seraient si gratifiantes. Un sommeil simple, paisible, nourri de l’âpre rencontre du jour avec les pentes du chemin et la fraîcheur nocturne. 

Et puis il y eut ta langue ! Une langue râpeuse, chaude, humide. A dix-sept ans, on ne comprend pas toujours la valeur des cadeaux que nous offre la vie. Bien sûr, tu m’avais bien vite attendrie, passées les quelques secondes de surprise. Je m’étais sentie flattée par ton tendre geste, je t’avais caressée… Aujourd’hui je comprends la gratuité de ton amour et le beau et grand message qui m’était alors adressé. Vache, ma jolie vache tu me signifiais que j’étais à cet instant au meilleur endroit possible pour accueillir certaines leçons de vie. 

Il y a bien longtemps que tu n’es plus. Sache que tu continues de vivre dans un coin de mon cœur, preuve de cette tendresse inépuisable qui ne demande qu’à s’écouler, la tienne, la mienne, celle de tous les êtres vivants…

Babette 02

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J’avais 6 ans, j’étais timide, mais si je me sentais en confiance je pouvais chanter « Étoile des neiges, La petite diligence ou d’autres morceaux du moment « , par exemple chez le coiffeur de maman ou lorsque j’étais allée avec papa voir ses collègues. J’étais haute comme trois pommes, on me mettait sur la table et c’était parti. Pourtant, contre toute attente, au mariage de mes oncles et malgré toutes les sollicitations je n’ai jamais voulu faire profiter l’assistance de mon répertoire… bien qu’un invité joueur de banjo fut prêt à m’accompagner! Cabotine ou un peu effrayée par le nombre de personnes? L’histoire ne le dit pas. En tout état de cause ma carrière de chanteuse s’est arrêtée là.                             

Jo 71 ans

*

Je suis née dans une famille d’instituteurs. Il paraît que je devins très vite une petite fille précoce et prometteuse, sous l’œil noir et sévère de mon père, homme peu porté sur la plaisanterie, tout droit sorti des Écoles Normales de la IIIème République. C’est dans une école que j’ai grandi avec, pour terrains de jeux, deux salles de classe, une cour de récréation et un préau. Ma petite vie n’offrait guère de fantaisies. Les jeudis et les dimanches, mon plaisir préféré était de rester assise sur les marches de pierre de l’école et, les cuisses nues et gelées, je regardais le vide dans la cour de l’école vide, je rêvais. J’étais tellement portée sur les affabulations que ma première maîtresse d’école décréta un jour, devant tout le monde, que j’avais « une araignée dans le plafond ». J’avais quatre ans et j’en fus très humiliée. La vision d’une araignée qui me suçotait la cervelle me terrifia longtemps. En vérité, je ne me souviens plus vraiment de la teneur de mes plus anciens rêves. Sûrement des histoires de fées ou de princesses ou celle de la septième femme de Barbe-Bleue. Je me rappelle seulement que j’avais terriblement froid aux fesses assise sur la pierre dure, mais que cela m’était égal car j’aimais bien rester ainsi perdue dans les fantaisies.                    

Michèle

*

J’allais souvent voir travailler mon grand-père au jardin. Un  jour (j’avais 5 ou 6 ans) je posais beaucoup de questions et à force de pourquoi et de comment il m’apprit  qu’il y avait 7 jours dans une semaine. Le coup  fut rude, mais je ne m’avouais pas vaincue. Je partais à toutes jambes à la maison pour demander confirmation à ma grand-mère et ce fut terrible car non seulement c’était vrai mais en plus il y avait 4 semaines dans un mois, alors là c’était trop.. Ma notion du temps était très relative et j’ai mis longtemps à m’en remettre…   

Jo 71 ans

*

… L’argent de poche, on veut de l’argent de poche, donnez nous de l’argent de poche…. Les deux enfants scandaient ces mots en faisant le tour de la pièce et en tapant sur le dos d’une casserole à l’aide d’une cuillère en bois. Pierrot, l’ainé, cheveux en bataille entraînait Jeannot, son petit frère. Ce dernier suivait son grand frère, une bretelle de sa salopette avait glissé sur son bras mais encombré par sa casserole, il n’arrivait pas à la relever. Cela faisait déjà quelques minutes que les deux  gamins avaient entamé leur manifestation. Bien sûr, l’idée venait de Pierrot.

La veille, comme chaque année pour la fête au village, les forains s’étaient installés et avaient monté le manège. Pierrot avait suivi avec beaucoup d’attention et d’émotion cette installation. La maison de leur grand mère où ils passaient une partie des vacances scolaires avec leur parents donnaient sur la place du village et Pierrot se rappelait l’année passée.

Il n’avait pas oublié ce sentiment de frustration quand ses parents lui avait dit, alors qu’il entamait son « seulement » dixième tour de manège que c’était le dernier. Dix tours seulement, quel scandale…Comment ses parents n’avaient-ils pas compris que Pierre voulait encore tourner, encore hésiter entre la voiture, l’avion et le train, se décrocher le bras pour attraper la queue du Mickey qui donnait droit à un tour gratuit.

Alors, quand Pierre avait vu l’installation, tout lui était revenu et il s’était rappelé ce que lui avait raconté son copain Marc. Marc lui avait expliqué que ses parents lui donnaient chaque mois de l’argent, cela s’appelait de l’argent de poche. Quand Pierre avait posé la question du pourquoi de ce nom, Marc n’avait pas su quoi répondre mais Pierre avait retenu que cet argent, Marc pouvait en faire ce qu’il voulait, s’acheter des bonbons, des magazines ou autre sans avoir besoin de demander aux parents.

De retour chez lui, Pierre en avait parlé à ses parents qui lui avaient expliqué qu’il était encore trop petit et qu’il en aurait quand il serait plus âgé. Plus âgé, comment … il avait déjà sept ans, il était déjà un grand. N’étais ce pas ce qu’on lui avait dit quand, un an plus tôt, il était entré au cours préparatoire. Et maintenant, il savait lire et compter et même faire des additions. Pas assez âgé…  Et puis, le quotidien avait repris le dessus et Pierrot avait oublié cet épisode jusqu’à hier.

A la vue du manège, tout était revenu à la mémoire de Pierre, les sensations excitantes quand il tournait sur le manège, l’envie que cela continue indéfiniment et la frustration, la tristesse quand tout s’était arrêté. Et l’éclair quand son esprit trouva la solution. L’argent de poche, voilà la solution. Si il avait de l’argent de poche, il pourrait s’offrir des tours en plus. Oui, il suffisait de convaincre ses parents. Son plan avait mûri pendant la nuit et le lendemain, il entreprit d’expliquer son plan à son petit frère. Il s’était rappelé une conversation de son père qui expliquait à sa mère, lors d’une grève dans son usine,  que plus on était nombreux pour réclamer, plus on avait de chance d’obtenir satisfaction et avait décidé d’unir son frère  à son initiative. Jeannot ne retint qu’une chose, on allait faire du bruit et cela suffit à le convaincre de se joindre à son frère.

Le petit déjeuner avalé, la toilette faite, Pierre alla chercher deux casseroles et deux cuillères. Il re-expliqua à son frère ce qu’il fallait crier en tapant sur la casserole « On veut de l’argent de poche, donnez nous de l’argent de poche, on veut de …. »

Et Pierre commença sa ronde dans la salle de séjour, autour de la grande table, Jeannot le suivait en sautillant.

Le vacarme attira  vite les adultes. La grand-mère prit une chaise, s’assit et les regarda d’un air amusé. Le père et la mère, chacun appuyé à un chambranle de porte, suivaient le petit cortège avec un air interrogateur. Au bout de quelques tours, le père arrêta Pierre et lui demanda le pourquoi de cette manifestation. Pierre expliqua tout à son père. Ce dernier lui lança un regard grave et lui répondit qu’il allait en discuter avec sa mère.

Les deux parents se replièrent dans la cuisine. Pierre, un peu inquiet par le regard si sérieux de son père  attendait avec un peu (beaucoup) d’anxiété. Jeannot, lui, était béat devant ce grand frère si audacieux. La grand-mère récupéra gamelles et cuillères et leur dit qu’il l’avaient impressionné.

Au bout de quelques minutes qui parurent des heures à Pierre, les deux parents revinrent. L’air toujours grave, le père  prit la parole. Après délibération, ils avaient décidé de donner aux deux enfants la somme de trois francs tous les mois et ce à partir de cet instant. Sa mère parla à son tour et demanda à ses fils qu’à l’avenir, ils s’expliquent directement, sans passer par la manifestation… Quand  Pierre reçu ses pièces, son cœur battait fort. Trois francs, trois carnets de dix tours de manège (il avait vu le prix sur la guérite du manège)….

Joëlle, 63 ans. Hirson (02)

*

Un jour où mon père semait des petits pois, je suis allée lui tenir compagnie et je le regardais faire. Bizarre! Il faisait des trous et mettait les petits pois dedans. J’ai voulu l’aider et lorsqu’il est revenu au bout du rang pour les recouvrir, je les avais tous ramassés au fur et à mesure. J’étais une drôle de jardinière, mais papa avait bien ri. J’avais  4 ou 5 ans…                       

Jo 71 ans

*

« Quelques années ont passé depuis ma première année de maternelle, évoquée dans mon premier souvenir. La vie se déroulait tant bien que mal et j’avançais doucement jusqu’à me retrouver dans une période de réflexion pendant mon adolescence, me demandant ce que j’étais venue faire dans ce monde que je ne comprenais pas, n’arrivant pas à y trouver ma place. Je restais souvent stoïque et pensive. Les mots ne sortaient pas de ma bouche, comme bloqués dans ma tête. Je pouvais les apercevoir mais n’arrivais pas à les faire sortir, mes cordes vocales semblaient paralysées ! Cette période annonçait un changement qui, je pense, me perturbait. Je grandissais, autant physiquement que mentalement ! Mon cerveau s’alimentait de tout ce qu’il trouvait, l’apprentissage continuait avec une plus grande vision de la vie. Je commençais à réaliser que j’étais quelqu’un, certainement d’unique, une personne à part entière. 

Et le déclic, qui me conforta dans cette impression, arriva un soir d’été à l’aube de mes seize ans. Je fis une rencontre. Ce qui reste gravé, encore aujourd’hui,  dans ma mémoire, c’est le regard échangé avec cette personne, regard qui perturba mon rythme cardiaque tellement il était profond, une décharge électrique…. un vrai coup de foudre ! Ce sentiment de ne faire qu’un, cette sensation surnaturelle et incompréhensible, j’avais l’impression d’avoir trouvé l’autre partie de moi qui m’avait fait défaut pendant toutes ces années. Plus rien d’autre n’avait d’importance, seulement cette apparition concrète d’un amour naissant ! 

Quelques années plus tard, je me suis replongée dans mon passé en me disant que, comme cette odeur de bitume chauffée par le soleil, cette rencontre fut une des plus belles choses de ma vie. »

Marizabelle  02

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Souvenirs en Tête, 3

Le plaisir de déguster quelques textes en regardant la pluie.    

Et dans moins de deux heures, la rencontre avec 2 écrivains

Quelle belle journée !!   

Gilbert , surnommé ( Titi) et moi Joëlle, nous nous sommes connus, au collège de Saint-Mathieu

Moi en 4ème et Titi en 3ème ; nous avions 14 ans et 15 ans.

Bien entendu en ce temps  là, nous n’échangions que des regards furtifs, il fallait rester discret.

Puis vinrent les vacances d’été, et là, notre amour platonique s’amplifia tout en restant très sage.

Mais, trois ans plus tard,( honte à moi j’ai fauté) je portais  en moi le fruit de notre amour.

Très vite, une réunion de famille fut organisée Saint Mathieu, ça jasait : (Ils sont trop jeunes, ça ne durera pas etc..etc)

Quelques mois plus tard, un petit David est né, puis, sa petite sœur Barbara, deux enfants adorables 

Que nous aimons très fort, et avec lesquels nous avons des liens privilégiés.

Cela fait maintenant 47 ans que nous vivons ensemble, nous avons réussi notre vie professionnelle et privée, bien heureux, à la retraite.

Avec le recul, je pense à mes parents, qui nous ont aidés et accompagnés sur les rails de la vie. Je les en remercie et je les aime.

Notre histoire, et notre jeunesse, leur a probablement donnés des rides supplémentaires,

Mais, ils ont été récompensés, par notre parcours, notre réussite, et tout notre amour. 

Joëlle, 64 ans et Gilbert 66 ans 

*

Un jour, dans la cour de récréation, une camarade de classe de six ou sept ans comme moi, m’annonça qu’elle partait pour toujours dans les colonies, j’en restai comme deux ronds de flan, je ne compris pas ces deux mots : « toujours » et « colonies ». « Toujours », ce serait comme si elle était morte, me dit-on, je ne la reverrais plus « jamais ». Mais « jamais » était aussi incompréhensible que « toujours ». Pour le reste, on m’expliqua que dans les colonies tout le monde s’habillait de blanc, que les palmiers y restaient toujours verts et qu’il y poussait des oranges. Dans mon nord glacé, je n’avais jamais vu de palmier et mon père se saisit d’un petit dictionnaire, me montra le dessin noir sur blanc que, dans ma tête, je barbouillai de vert. Quant aux oranges, en cette fin de guerre dans mon village perdu et froid, on n’en voyait presque jamais, juste une ou deux fois par an à l’épicerie des Économiques, et elles coûtaient très cher si bien qu’on n’en achetait pas. Dans mon village, il ne serait venu à l’idée de personne de s’habiller de blanc, les femmes s’emmitouflaient dans de tristes manteaux noirs ou gris, les ouvriers qui rejoignaient leurs usines à bicyclette portaient des canadiennes et on enfilait des « caoutchoucs » par dessus les chaussures pour les protéger de la boue de l’hiver.

Michèle

*

A fond (tout est relatif), sur mon vélo de récup, je roulais les yeux fermés et je fus arrêtée par une grosse buse, non, pas l’oiseau, mais le gros tuyau installé pour le passage de la chaussée.. Je roulais dans le fossé, une sortie de route en somme !

Claudie

*

Septembre 67, me voilà prête à faire ma première rentrée scolaire. J’habite dans un quartier ouvrier où tous les papas travaillent dans la même usine. Tout le monde se côtoie, français, émigrés de toute nationalité ! On est une tripotée de gamins du même âge qui se retrouvent dans la même école. Innocents et heureux d’être là, l’apprentissage commence ! Je me souviens du premier jour de rentrée ! Quelques jours auparavant, il fallait préparer CE jour de rentrée. Les habits neufs étaient de rigueur ! Surtout pour les aînés ! Les cadets récupéraient les habits des aînés parce que nos parents ne pouvaient pas acheter des habits pour tous les enfants ! Même que des fois les chaussures étaient trop petites ! Mes doigts de pied en ont soufferts ! Dans mon cas, ma mère tricotait, donc quelques mois auparavant elle s’acharnait à tricoter un pull pour chacun de ses enfants ! Sept enfants à l’époque (un huitième et dernier est arrivé après et le pauvre il a récupéré tous les habits de ses frères !) les enfants rapprochés avaient le même pull ! 

Marizabelle  (02)

*

L’argent de poche pour nous, à l’époque, ça se réduisait à 3 francs. On n’avait pas besoin de plus, nos famille n’étaient pas riches et nous avions des plaisirs simples. Quand il pleuvait nous restions à la maison à regarder les images en noir et blanc du petit poste de télévision nous distraire de notre ennui. Quand il faisait beau, nous prenions nos vélos pour nous rendre au parc : jouer au tourniquet au toboggan ou grimper au arbres. Les 3 sous, nous les gardions précieusement pour faire des tours de manège à la fête foraine du village, événement spectaculaire ayant lieu chaque année dans notre petite bourgade. Notre mère ne trouvait rien à redire à l’utilisation des 3 francs.  Je pense au contraire qu’elle était heureuse pour nous, de nous voir voir rire et nous amuser avec peu de choses. C’était la belle époque, celle de l’insouciance…

Angélique Tergnier 02

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C’était l’automne, la rentrée était passée déjà, j’entendais la pluie tambouriner sur les volets, me berçant d’une musique tendre. Je me sentais bien, à l’abri dans mon lit bien chaud, un lit nouveau pour moi, celui de ma grande-soeur partie en pension, et, en prime la chambre, bien plus grande que celle que je partageais jusque là avec ma petite soeur, chambre dotée d’une table bureau, un luxe inouïe ! C’était l’automne, je me racontais des histoires ; seule dans ce grand lit, j’étais bien ! 

Declo

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affiche écrivains

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Souvenirs en Tête 2

Je n’ai jamais pu retrouver la saveur du lard que ma grand-mère faisait frire pour sa soupe. En fin de matinée, sur les coups de 11 heures, l’odeur commençait à se diffuser dans la courette où je jouais à l’épicière devant un cageot sur lequel j’avais disposé les pièces d’une dînette dépareillée. Le délicieux fumet venait chatouiller mes narines, me forçant à abandonner mon infâme tambouille, mélange de terre, d’eau et de mauvaises herbes ramassées au hasard dans le jardin attenant, pour aller rôder dans la cuisine enfumée où le lard rissolait bruyamment dans la grande poêle noire. La vieille cuisinière à bois , seul élément de chauffage de la maison, ronflait, rassurante.

 » Ôte-toi donc de mes jambes, bougonnait l’aïeule, les joues en feu, tu auras des gratons si tu es sage « . Alors, comme une chatte affamée et patiente, les yeux écarquillés, la bouche ouverte, j’attendais  en silence… Ce qu’elle appelait  » gratons », c’était les petits morceaux de lard racornis, dont elle avait récupéré la graisse pour améliorer la soupe de légumes. Sublime récompense, elle me tendait deux petites tranches de pain entre lesquelles elle avait placé la précieuse friandise et me la tendait. J’étais aux anges, c’était… croustillant, fondant, goûteux, gras …jouissif.

Aujourd’hui, je sais pourquoi j’ai tant de mal à suivre un régime: le gras, c’est ma petite madeleine…                                                                                         

Marie Rochechouart 65 ans

*

Ma grand ‘mère était couturière et je me souviens encore qu’il était interdit d’ouvrir le tiroir de la machine à coudre sous peine de sanctions ou pire de mauvaises surprises ! A l’époque je m’imaginais des choses secrètes et je fantasmais sur ce qui pouvait se cacher là, j’aurais bien voulu voir ! J’ai compris plus tard que les aiguilles et autres ciseaux n’étaient pas encore pour mes petits doigts..    

Jo 71 ans

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Ma grand mère maternelle était très anxieuse, quand nous allions chez elle, elle ne nous quittait pas des yeux….Quand elle ne voyait plus mon frère elle criait :  » Jean CLau……….de », elle se tenait droite, toujours vêtue de noir. Dans l’encadrure de la porte, en haut des trois marches, son appel, « Jean….Clau…….de » me faisait penser au chant du Coq  » coqri Co…….. »Longtemps, entendant le chant du coq, j’ai vu ma grand mère sur le seuil de sa porte, droite, toujours vêtue de noir.                                                                                                                                  Danièle

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J’avais 5 ans, mon frère 12, nous rentrions de l’école en mangeant notre « 4 heures » lorsque, passant à côté d’une flaque d’eau, celle-ci se mit à bouillonner. J’avais vu mon frère lancer quelque chose. Il me dit que c’était un morceau de son camembert. J’étais fasciné, je n’avais jamais vu une flaque faire des bulles ! J’essayais à mon tour en  jetant un petit bout de mon fromage et ce à plusieurs reprises. Bien sûr, rien ne se passa. Lui ça marchait et pas moi ! Bizarre… Mon frère comprenant que toute la portion allait y passer, m’avoua que c’était du carbure.                                                                                                                         Paul, 75 ans

*

Avec mon père, j’ai vécu une scène de panique qui m’a marquée à vie, ainsi que lui, j’en suis certaine. Je devais avoir 5 ou 6 ans. Nous vivions à Port-Étienne en Mauritanie. Nous passions les dimanches dans un cabanon perché sur une petite falaise et nous n’avions qu’à descendre d’une échelle pour profiter de la plage. Je me souviens du moment où nous avons été surpris tous les deux par la marée. Les vagues nous poussaient contre la paroi rocheuse et, comme je ne savais pas encore nager, il me demanda de m’agripper aux interstices de la roche tout en progressant vers cette échelle qui me semblait bien loin. Je paniquais bien sûr, mais je sentais mon père contre moi me protégeant de l’assaut des vagues. Malgré cette situation préoccupante, j’étais rassurée par sa force. Mon père, mon sauveur !

Carole, 51 ans, Tergnier 02

*

L’argent de poche… je ne me souviens pas si j’en avais lorsque j’étais enfant. Si ma mère était encore là, je le lui demanderais. Et comme l’esprit de mon père bat la campagne, je crains d’avoir peu de renseignements sur le sujet. Les tentations étaient moins nombreuses pour les enfants à l’époque, surtout pour ceux qui vivaient à la campagne. Si, lors de la fête du village, nous avions envie d’un tour de manège, il nous était offert. Je me souviens tout de même qu’il fallait mériter l’argent ; et, quand nous cueillions les cassis, au début des grandes vacances, la monnaie gagnée nous revenait. Plus tard, je travaillais en juillet ou en août pour gagner trois francs six sous… que maman plaçait sur mon livret de caisse d’épargne. L’époque n’était pas à la dépense !

Marie-France, Chauny 02

*

Dans les années 60, nous n’avions pas la télé et notre occupation favorite, avec ma sœur, était de regarder par la fenêtre de notre appartement situé au premier étage ; le spectacle de la rue et surtout de la place, nous régalait. 

Il y avait une communauté, qui faisait partie de la population depuis plusieurs générations, qui pratiquait, entre autres, la brocante avant l’heure, échangerais belle comtoise contre carillon, buffet rustique contre formica ; ils étaient très liés aux habitant.e.s qu’ils connaissaient depuis des années. La doyenne était une  femme au faciès « peaux rouges » et à la corpulence volumineuse. Elle haranguait le chaland sur la place pour annoncer son arrivée. Ma sœur, de 6 ans mon aînée, qui ne manquait d’imagination, me dit que Ramona, sous ses larges jupes et jupons, dignes d’une infante espagnole, enlevait et cachait les enfants désobéissants, les enfants pas sages, les enfants turbulents, je me suis bien sentie un peu visée.

Le jour où cette personne frappa à la porte pour une visite à nos parents, je me suis précipitée dans le placard à jouets et ma sœur s’est éclipsée discrètement, mouvements que nos parents ont eu du mal à comprendre… et pour cause !

Jo 71 ans  et Coquelinette 65 ans

*

Ahhhhh ! l’argent de poche quand on est petit : tout un poème !  Il fallait une occasion pour « avoir la pièce » : anniversaire, anniversaire, euh… anniversaire , ou encore fête foraine pour faire quelques tours de manège.

Et heureusement, il y avait le dimanche, et le dimanche, tant qu’on allait « au cathé » jusqu’à la communion, il y avait la messe et… l’argent de la quête que ma mère me donnait avant de partir : 3 francs.

Et à côté de l’église de Vaux, à Laon, il y avait une minuscule  boutique de…. confiserie : « chez Jallu ». Il était gentil comme tout, Monsieur Jallu et il nous aidait dans notre choix en fonction du budget, parce qu’il fallait être équitable, quand même : donc 1,50 F pour le bon Dieu et 1,50 F pour Monsieur Jallu.

Pour avoir de la monnaie, il fallait commencer par Monsieur Jallu et ses carambars, ses coquillages au sucre (pas pratiques à lécher pendant la messe), les roudoudous, les caramels à 1 centime, et… les bâtons de réglisse. Choisir, c’est renoncer, donc il fallait choisir ce qui était consommable discrètement pendant le Saint Office et renoncer par exemple aux chewing-gum : interdit de ruminer béatement pendant les discours du curé !

En fonction des achats, nous nous placions dans les rangs  plus ou moins en avant de l’église : les futurs communiants étaient obligatoirement devant, mais nous étions environ 120 par « promotion », sur 3 ans, soit 360 gamines et gamins agglutinés sur les bancs devant le choeur : donc en choisissant bien les grands devant nous et en guettant les allers retours du bedeau en uniforme qui allait et venait dans l’allée de l’église, nous pouvions déguster notre en-cas sucré à 1.50 F avant de rentrer à la maison pour le poulet du dimanche en famille.

J’avais 60 ans quand j’ai avoué en rigolant à ma mère ces petits écarts.  Même qu’elle a été très surprise, eh oui ! Un peu de nostalgie en écrivant cela… chez Jallu, c’est maintenant une auto-école…

 Annick,  à Merlieux, dans l’Aisne

 

 

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St Mathieu, les CM1, CM2

A ce jeu là on est tous gagnants !!

Ou comment répondre à une question

que l’on ne connaît pas !!

***

*  

 

Pourquoi on a pas une maison à soi tout seul ?

Parce que j’adore mes cochons d’Inde ! 

Pourquoi les licornes sont très très belles et douces ?

Parce qu’elles sont bizarres !

Pourquoi la terre est ronde ?

Parce que j’aime la terre et mes parents !

Pourquoi la terre tourne ?

Parce que j’aime lire des histoires

Pourquoi Jojo habite place de l’église ?

Parce que j’aime faire du patin à roulettes

Pourquoi Paris est la capitale de la France ?

Parce que le maître veut nous faire souffrir

Pourquoi les garçons aiment tellement le foot ?

Parce que j’ai une attelle

Pourquoi les arbres sont si beaux avec les fleurs ?

Parce que le maître ne veut pas de POUX

Pourquoi on va à l’école ?

Parce que j’adore les fleurs et les cerises

Pourquoi la dictée du vendredi est-elle si longue ?

Parce que on est trop petit mais on est grand

Pourquoi y a t’il de la pollution ?

Parce que je suis très fort

Pourquoi mon frère est casse-pied ?

Parce que j’habite en Angleterre pour 7 ans  

Pourquoi on ne peut pas mettre les pieds sur la table en classe ?  

Parce que les garçons aiment tellement le foot ! 

Pourquoi on gagne jamais à la loterie

Parce qu’on danse et j’adore danser 

Pourquoi mon chat, dès qu’il me voit, ronronne ?

Parce que je suis chez ma soeur

Pourquoi mon chat est-il parti ?

Parce que je me balance 

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Jan Dau Melhau à St Mathieu !

affiche Melhau

 

Les souvenirs d’enfance continuent à voyager !

Nous aurons le plaisir de vous offrir un  souvenir d’enfance et vous pourrez, si vous le désirez, en glisser un dans la boîte  !  

A vendredi  

 

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« Souvenirs en Tête » 1

Pour « Souvenirs en Tête » et le Petit Jojo nous avons collecté plus de 200 souvenirs d’enfance ! Et ça continue !!

La plupart ont été ou seront offerts lors des manifestations proposées, inauguration, repas, ateliers d’écriture, concert…  

Je vous propose de découvrir ici ceux que nous avons reçus par internet.

Voici les premiers, à suivre tout le long de la semaine.

Bonne lecture !

 

***

A cette époque, nous n’avions pas de toilettes à l’intérieur de la maison ; l’hiver, dans la nuit, avant d’aller au lit, nous allions aux toilettes sèches au fond du jardin. Nous nous attendions, et, pendant ce temps, notre père nous racontait le ciel, la voie lactée, la grande ourse…… Quelle énigme le ciel et le monde !… Je me sentais minuscule et en même temps émerveillée d’être, d’appartenir à un tout. Grandiose.                                               

Danièle

*

Je me revois au milieu de femmes en noir, beaucoup étaient veuves à l’époque. Elles portaient leur ouvrage et venaient passer l’après-midi avec ma grand-mère pour être moins seules. Pas question pour autant  de ne rien faire, les langues allaient aussi vite que les aiguilles, mais les propos étaient … en patois, ce qui fait qu’à force j’ai compris tout ce qui se disait! Il est vrai qu’à l’époque la télévision n’existait pas! Quelle  langue riche et imagée!   

Jo 71 ans 

*

C’était dans les années 50, j’avais 8 ans. Nous habitions à la campagne. J’attendais Noël avec impatience. J’allais dans les bois choisir, longtemps à l’avance et avec soin, le sapin que je décorerais. Pour moi c’était le plus beau. Toute l’année je gardais le papier aluminium des rares plaques de chocolat que nous avions, pour faire des étoiles. Deux guirlandes pas très brillantes, mais peu importe, complétaient la décoration. Quelle fête lorsque le matin de Noël je trouvais un sachet de pralines ou une orange! La surprise était plus  importante que la valeur!!

Quoiqu’il en soit, ma cousine Colette, plus âgée que moi de quelques années, était venue passer les vacances de Noël à la maison. Elle me ressassait pendant plusieurs jours que le Père Noël n’existait pas. Sûr de moi, je lui affirmais le contraire. Tant et si bien que le soir de Noël, voulant me prouver qu’elle avait raison, au moment d’aller se coucher (nous dormions à l’étage ) elle me dit « tu vas voir ». Nous étions dans la pièce où le plancher était percé d’un trou par lequel on suspendait le cochon, je regardais et là je vis avec stupéfaction ma mère se diriger vers le sapin pour déposer le paquet tant attendu. Ma déception fut au delà des mots.

Paul, 75 ans

*

Pendant des années un bruit métallique matutinal rythmera les réveils estivaux de mon enfance. Régulier, presque musical, il résonne encore à mes oreilles de femme mûre.

Mes parents, votre servante et plus tard mon frère passions le mois d’août au Limousin chez mes grands-parents agriculteurs d’une époque révolue, celle d’avant les tracteurs, les combis vertes et les bottes en caoutchouc.

Chaque matin vers 6 heures mon grand-père empruntait l’allée de ciment, les pieds chaussés de sabots ferrés. Véritable Fred Astaire de la terre, il faisait claquer, chauffer ses fers, enchantant mon coeur d’enfant qui s’éveillait doucement au creux du lit de coin de cette chambre endormie, éclairée d’un soleil peinant à frayer son chemin au travers de lourds volets verts.

Ce bruit, cet écho du passé représentera pour moi et ceci jusqu’à aujourd’hui une certaine mélodie du bonheur non pas perdu mais gagné à vie.

Marie-Catherine 

*

Septembre 67, me voilà prête à faire ma première rentrée scolaire. J’habite dans un quartier ouvrier où tous les papas travaillent dans la même usine. Tout le monde se côtoie, français, émigrés de toute nationalité ! On est une tripotée de gamins du même âge qui se retrouve dans la même école. Innocents et heureux d’être là, l’apprentissage commence !

Je me souviens du premier jour de rentrée ! Quelques jours auparavant, il fallait préparer CE jour de rentrée. Les habits neufs étaient de rigueur ! Surtout pour les aînés ! Les cadets récupéraient les habits des aînés parce que nos parents ne pouvaient pas acheter des habits pour tous les enfants ! Même que des fois les chaussures étaient trop petites ! Mes doigts de pied en ont soufferts !

Dans mon cas, ma mère tricotait, donc, quelques mois auparavant, elle s’acharnait à tricoter un pull pour chacun de ses enfants ! Sept enfants à l’époque (un huitième et dernier est arrivé après et le pauvre il a récupéré tous les habits de ses frères !)  les enfants rapprochés avaient le même pull ! Début septembre le camion d’habits passait dans la rue (eh oui à cette époque on ne connaissait que ce camion bleu pour s’acheter des habits et on était heureux de le voir arriver ! On l’attendait avec impatience). Cette première année se passe tranquillement. Les beaux jours arrivent et certains matins, alors que le soleil avait déjà pointé le bout de son nez depuis plusieurs heures, j’ai le souvenir d’une odeur, qui me titillait les narines pendant les récréations ! Récréations où on se bagarrait pour avoir le seul vélo à trois roues disponible. Quelques années plus tard, par hasard,  j’ai ressenti la même sensation, un retour dans mon enfance, j’ai senti cette odeur ! Odeur qui, à la fois m’intriguait à cette période parce que je ne savais pas ce qu’elle représentait mais que je sentais des fois avec dégoût. En fait ce n’était que l’odeur du bitume chauffé par le soleil ! J’avoue, j’ai apprécié découvrir ce qu’elle représentait ! Je me suis replongée dans mon passé en me disant que cette odeur est une des plus belles choses de ma vie.

Marizabelle 02 

*

Un jour, ma soeur Nadine et moi sommes allées accompagner un voisin de notre âge qui devait « garder des vaches » dans un pré à la sortie du village. Nous avons emporté un copieux goûter avec en boisson une petite bouteille appelée fillette de moût (jus de raisin pressé), nous étions ravies. Sur les lieux nous parlions des extraterrestres quand l’un d’entre nous se retournant a aperçu « un martien! » Nous avons pris nos jambes à notre cou en abandonnant les vaches et laissant tomber la bouteille de moût (j’entends encore le glouglou).

Arrivés à la première maison, nous entrons précipitamment et racontons notre histoire et notre peur. Le monsieur, pas rassuré, est allé chercher le grand frère de notre ami qui lui s’est rendu dans le pré. Les vaches étaient là dociles, et plus loin, sur une hauteur, un paysan agitait sa faux dans son champ.

En fait, on a pensé qu’un effet de lumière du soleil couchant sur la faux, notre conversation et notre imagination ont participé à créer cette image et peur insolite.

Danièle

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